Dreamers, vidéo installation on splistcreen – duration 59 mn

Dreamers, experimental long feature vidéo film,
Video installation on splitscreen.
Duration 59 mn 
2016

 

 

Dreamers – ( splitscreen ) – 2016 from veronique rizzo on Vimeo.

 

 

 

FR — Vidéo  installation (support numérique sur 2 écrans accompagné de son 5.1) Format 2048 x 1024 x 768 – Durée 59 mn. Accompagné d’une édition limitée (livret + insert vinyl) – 2016

EN — Vidéo installation on two screens (digital support on 2 screen synchronized with sound in 5.1). Format 2048 x 1024 x 768. Duration 59 mn. Accompanied by a limited edition (booklet + insert vinyl)

 

 

 

1.

Dreamers reprend les formes monumentales du cinémascope dans un « splitscreen » panoramique.  Essai cinématographique, montage syncrétique, le spectateur est conduit progressivement vers une transe. Dans une alternance de séquences found footage et de compositions digitales enveloppantes, Véronique Rizzo mixe une série de citations d’oeuvres fétiches*, d’extraits musicaux et de textes empruntés. Ouvrant ainsi la boîte de pandore d’un large spectre de l’image animée, elle crée des ponts inattendus entre documentaire vérité, film d’auteur, où les bribes d’images, les sons et les oeuvres sont traitées en surimpressions labyrinthiques. Un récit polyphonique qui dessine la cosmogonie intime de l’artiste, où l’intériorité devient une fiction poreuse à la psyché collective, où intérieur-extérieur se mélangent pour créer un hyper-espace à multi-facettes. Véronique Rizzo y questionne notre mémoire des images de l’ère post-moderne, temps de l’anthropocène et de l’information généralisée. Un accès global qui vient troubler les notions de temps et d’espace, d’originalité et d’auteur. Le procédé d’appropriation agit ici comme un talisman,  clé de lecture de la complexité endémique, un rite de conjuration contre l’oubli et le chaos. Un « cannibalisme symbolique « , comme ultime possibilité de continuité et de fusion.

*Kenneth Anger, Deben Bhattacharya, Peter Weir, les anthropologues Betty et Jacques Villeminot, William Burroughs, Goethe, Poe, Léopardi, Bruce Chatwin, Sunn O, John Adams, Les chants Dhrupad et Aborigènes.

 

TEXTE DE LISE GUEHENNEUX – 2015

2. Dreamers, mode d’emploi –  2016

Dreamers est un film (ou une suite d’images mouvantes organisées,) qui se compose de six parties qui peuvent être vues à la suite les unes des autres. Mais aussi simultanément sur deux écrans comme ici, ou sur plusieurs. Le film n’a alors plus de début ni fin. Et le montage n’est plus une structure fixe mais un puzzle à partager afin de permettre toutes les associations de mots, d’images et d’idées.

Véronique Rizzo en est l’auteur qui erre avec nous dans son film-labyrinthe, utilisant son parcours plastique déjà fourni et sa culture diversifiée (cinéma, littérature, philosophie, sciences humaines) pour en faire jaillir des images qui se superposent à son film et pour nous servir de guide un peu pervers qui peut accompagner mais aussi perdre celui ou celle qui l’accompagne.

L’insertion de monochromes agissent comme référents et portes de passage vers son univers plastique de peintre (optical art, néo géo-pop), mais aussi, une vision picturale du cinéma et de la vidéo confondus. Car ici les frontières entre genres sont poreuses comme sont poreux les fragments hétéroclites mis ensemble.

Rien n’oblige le regardeur à connaître d’où viennent ce qui apparaît comme des citations. Mais on identifie des fragments d’un documentaire sur l’Inde du Tamil nadu et ses danses traditionnelles sacrées; les images d’une tribu australienne fimées à 30 ans de distance, par les ethnologues français, Jacques et Betty Villeminot; deux films de la période hippie de Kenneth Anger, « Invocation of my demon brother » et «Lucifer Rising» , psychédéliques et performatifs; puis un extrait de « Picnic at Hanging Rock », tourné dans la période d’auteur  de Peter Weir, en Australie (1975). Traversée de six séquences, et sur quatre continents : Europe, Asie, Amérique, Océanie.

Disparitions, invocations, et fétichismes s’entrecroisent dans cette oeuvre merzbau, où fictions et réalités se superposent en plans et formes mouvantes.

Entre le référentiel à notre monde pragmatique et le monde perdu de la sensation et du rêve, maintes fois réveillés par le film, se crée un espace aussi dense que volatil qui sert d’ADN commun à tous ces emprunts.

Dreamers est peut-être un film continuellement en train de se faire et se défaire. Et le moindre arrêt sur objet (comme on dit un arrêt sur image), possibilité d’un éternel retour de l’image, contient en couches superposées les tentatives antérieures. L’art n’est pas un monde fini.

Peut-on vivre la création, quelle qu’elle soit, sans la rêver ?

Par ailleurs, The Dreamers est aussi le titre d’un film de Bernardo Bertolucci, sorti en 2003, avec Eva Green, Louis Garrel et Michael Pitt. Il portait aussi le titre de Innocents : The Dreamers…

TEXTE DE FRANCOIS BAZZOLI